Le faux beauf est-il le nouvel hispter ?

Il n’y a qu’à voir la recrudescence de joggings à bande, sandales de piscine et chaussettes blanches tel un touriste allemand pour se rendre compte que quelque chose se passe.

Le hipster est en perte de vitesse, c’est flagrant ! La barbe reste un hit incontournable chez la gente masculine cependant, elle commence à troquer son bonnet de marin pour une tignasse indomptable. Sa chemise de bucheron au placard, il arbore le sweat “festival du pâté aux prunes” déniché chez Emmaus à la Boutouchère parce que oui, le hipster ne renie plus ses origines. Il n’a plus peur d’aller dans un resto qui n’a pas été instagrammé et ose lire des bouquins non estampillés d’une critique de Télérama. La rébellion est en marche c’est certain.

Il s’en dégage un parfum de fake même. Celui qui auparavant ne jurait que par les MaMa Shelters et les cafés équitables semblent abandonner tour à tour ces lieux de prédilections. Une sorte de crise d’ado comme pour montrer qu’il n’a honte de rien. Il s’éclate dans les soirées garage où l’odeur de moisissure se dissipe sous l’aqua de marijuana. Celui qui se donnait tant de mal à cacher son enfance de banlieusard ou de provincial fait tout pour les étaler au grand jour. Une bonne chose me diriez-vous ! Cessons cette masturbation intellectuelle, croire qu’il n’y a que les bobos qui détiennent la coolitude toute puissante. Bien au contraire, tel un Macron en transe, y-en a marre de penser que le bon goût appartient aux riches, aux têtes blondes d’HEC, au premier rang des défilés. Les nazes de la cour de récré, les filles populaires du lycée déchues, les ardus, les métaleux satanistes ont autant de good vibes que le dernier single de Rihanna. L’idée de ce qui est tendance ou non n’est qu’une question de masse. Plus les gens acquiescent plus la pilule passe.

Prenons les UGG par exemple, de banales chaussures confo mises par les surfeurs à la sortie de l’eau. Cette paire hybride, mélange saugrenu entre les moon boots de Courch’ et les bottes indiennes, sont devenues une sorte d’incontournable pour la pantouflarde du dimanche que nous sommes. L’horreur des débuts, comme j’aime imaginer la charentaise à ses prémices, a laissé place à l’excuse parfaite pour sortir ses poubelles, aller à la boulangerie ou pire encore aller boire un verre en semaine. Une sorte de tolérance consentie pour cette chaussure inesthétique.

“Je sais c’est moche mais on est vraiment trop bien dedans”

Depuis quand célèbre-t-on le confortable ?

C’est bien le paradoxe de la fashionista, celle qui, à longueur de journée nous rabâche qu’elle adore sa nouvelle paire de stilettos qui va trop bien avec sa jupe en vinyle, son top en résille et son trench en PVC. Comme par magie, on considère les UGG comme l’exception qui confirme la règle. Il y a eu les Crocs qui ont connu une gloire sans précédent qui a atteint son paroxysme grâce à la pince-sans-rire de la mode, Anna Wintour. Une série de clichés célébrant le “walk of shame” version Crocs dans le culte Vogue US. A croire que lorsque c’est hideux mais confo ça passe.

La suite vous la connaissez.

Ce fut tout d’un coup cool d’aimer ce que l’on détestait. Les méduses que nos parents nous forçaient à mettre dans les rochers à la plage, les doudounes XXL qui nous donnaient une allure de bibendum, les soirées populaires à base de chips Carrefour et de vodka-pomme, les nappes à fleurs de chez mémé, les lunettes rondes à la Mac Lesggy, les sacs bananes ou encore les jeans taille haute.

On pensait les maudire, souvent pointer du doigt par les magazines féminins comme un fashion faux pas, “mémérisant”, “kitsh”, “ringard” voire “vieillot” ces produits sont aujourd’hui vendus comme le nec plus ultra de la tendance.

Je ne vous apprends rien en disant que la mode est un éternel recommencement.

La preuve en est avec la marque Vêtements qui connaît un succès retentissant en faisant de la banlieusarde sa marque de fabrique, Cool and the Bag qui réhabilite le port de la banane, ou encore le “choker” comprenez le collier ras-de-cou désigné comme accessoire de l’année. Côté déco, on voit réapparaître le macramé en tenture murale et la vaisselle en plastique colorée qui fait de l’ombre au service en porcelaine de Mamie Paulette. Inauguré il y a peu, le Café Oz chaîne de bar australien, quintessence du mainstream a posé ses valises dans le temple de la mode la Cité de la Mode et du Design. Qui l’eut crû ? Même le cubi de rouge qui tâche trouve de nouveau grâce à nos yeux.

Le cheap, le moche ou tout ce qui s’apparente à l’univers des Bidochons changent de camp. Il suffit qu’on mette un créa branché sur le coup et le tour est joué. Bientôt l’Amour est dans le pré prendra la tête de la maison France 5. Un florilège d’intérieurs sombres inchangés depuis les années 60 où la naphtaline remplacera les bougies Dyptique. Les concepts-stores comme Merci ou Colette se feront voler la vedette au profit de La Foirfouilleou Tati. Si ce n’est pas déjà le cas, avec l’émergence de collaborations improbables comme la collection capsule de Mademoiselle Agnès pour l’enseigne à carreaux vichy.

Mais rassurez-vous, le faux beauf ne troquera pas son intérieur néo-vintage pour une cuisine laquée ou un canapé en cuir Château D’Ax. Il possède un filet de sécurité. Courageux mais pas téméraire. Sous ces airs d’enfant du peuple, le faux beauf reste un hipster comme un autre.

Alli pour les intimes

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