Freud, le fétichisme et mes pieds

Je n’ai jamais compris d’où provenait cette fascination pour les pieds. Depuis ma plus tendre enfance, j’ai grandi en pensant que mes pieds étaient les plus laids du monde. Une croyance que ma sœur n’a jamais manqué de me faire remarquer chaque fois qu’elle les avait en visu. 

Je ne peux pas dire que j’ai réellement des pieds moches ou beaux. A vrai dire, je n’ai aucun recul sur leur prétendu esthétisme. Ils sont surtout petits et boudinés. Un peu comme un bébé glouton. Cela n’a rien de subtilement excitant mais ça a le mérite d’être d’attrayant. 

Si je peux faire rire la galerie, pourquoi pas ?

J’avais fait le deuil de leur non-pouvoir d’attraction jusqu’à cette annonce sur Leboncoin. J’ai mis à vendre vêtements et chaussures sur quelques sites de vente en ligne, dont une paire de sandales Alexander Wang lacées autour de la cheville. Ceci m’obligeant à prendre des clichés portés. L’annonce publiée, j’attendais patiemment que la première acheteuse potentiel surgisse. 

L’attente ne fut pas longue. 

C’était sans compter l’effet de surprise qui survint à l’autre bout du téléphone. 

L’inconnu (une voix masculine, posée et sûre) : Bonjour, je vous appelle pour l’annonce des chaussures sur Leboncoin

Moi (sourire aux lèvres) : oui, c’est bien moi ! 

I : Ce n’est pas une blague mais je suis fétichiste des pieds. Je voue une adoration aux pieds. 

Moi : …

I : Vous avez de très beaux pieds et je veux bien vous acheter vos chaussures, si vous les essayez devant moi. 

La communication se coupe. J’explose de rire, pensant réellement que je faisais l’objet d’une blague. 

L’homme me rappelle toujours aussi sérieux. 

I : Pardon, ça a coupé. Alors, ça vous intéresse ? 

Changement de rôles, je me retrouve dans la peau du client. Ce n’est donc pas une blague. Quelqu’un aime mes pieds, au point de me donner de l’argent pour les voir déambuler. MARRANT. Je mourrais d’envie de le raconter à ma sœur. Mais elle ne m’aurait évidemment pas cru. Je me trouvai un peu perdue. De quoi parle-t-on vraiment ? D’une transaction financière ou de la marchandisation de mes pieds ? 

Certes, je veux me faire de l’argent rapide et facile, mais à quel prix ? Ce simple coup de téléphone pourrait-il se transformer en une forme de prostitution ?

Ok. Je vais peut-être un peu loin, mais en racontant cette anecdote au bureau, j’entends encore Fanny, écœurée avec un air solennel, s’exclamer : « C’est de la prostitution de pieds !!! »

Oui on est comme ça, chez Womanspecter, on est intense. 

Bon, je casse le suspense : J’étais bleue de trouille, j’ai tout bonnement décliné l’offre. Je ne voulais pas être l’objet d’un sombre inconnu, de peur de me retrouver bâillonnée et attachée à son radiateur, les deux pieds en moins conservés dans du formol.

Oui j’aime les films d’horreur, un problème ? 

Je ne juge absolument pas les personnes fétichistes ni celles qui entrent dans leur jeu. J’étais juste ignorante sur le sujet et en bonne journaliste, j’avais besoin d’en savoir plus sur le sujet. 

J’ai tenté de trouver une explication rationnelle, mais ça ne m’a même pas rassurée. Selon Freud, le fétichiste ayant une peur profonde de la femme se voit comme castré face à une situation sexuelle dite classique. Du coup, il se rabat sur les orteils, cette zone située en bas du corps en signe de soumission. 

EUH OK.

Comme quoi, à vouloir trop en savoir, on finit par se perdre. Plus j’en sais et pire c’est. Le fétichisme requiert une ouverture d’esprit qui me manque encore, c’est certain. 

Du coup, j’ai des sandales à vendre. 

Bien à vous,

A.

A retrouver également sur Womanspecter et Médium

Une réflexion au sujet de « Freud, le fétichisme et mes pieds »

  1. J’adore ! J’ai eu la même réaction : HEU, OK ! C’est bien du Freud ça. Le fétichisme du pieds n’est pas obligatoirement histoire de soumission ou de domination et je ne doute pas que vous en avez de très beaux. Est-ce que ce monsieur vous à libérez d’un certain complexe que votre soeur à nourrit pendant votre enfance ? Je conseille toujours au femme de laisser baldinguer leurs talons à une terrasse de café et de regarder la réaction des hommes : c’est incroyable le nombre de fétichistes mais c’est encore tabou. Merci pour ce témoignage super intéressant.

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